Aussi
loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours aimé la musique ;
comme beaucoup de gens vous allez me dire ! Oui, mais pour moi
c'était un peu un refuge, là où je trouvais peut-être un moyen de
m'évader, mais pas de m'enfermer, ça non, plutôt de m'isoler de la
noirceur du monde, de mon monde ou du moins de celui que certaines
personnes auraient voulu pour moi, alors je m'en créais un à moi, à
ma façon. Nous étions en l'an mille neuf cent soixante seize et
j'avais quatorze ans. Pour mon anniversaire j'avais reçu de mon
arrière grand-mère Gaby, une petite radio avec un écouteur. Ma
mémé et moi vivions avec sa petite pension de neuf cents francs par
mois, (à peut-près cent trente euros) c'était vraiment très peu,
mais nous faisons avec et ce cadeau était de l'or en barre pour moi,
je pouvais enfin écouter la musique à n'importe qu'elle heure et
sans déranger qui que ce soit, avec le petit écouteur. Je n'étais
plus scolarisée depuis peu malgré mes quatorze ans et étant à la
campagne, je passais mes journées à vagabonder au bord des rivières
de la commune, avec mon chien Pacha un berger belge groenendael, une
canne à pêche dans une main et mon harmonica dans l'autre. L'été
passa comme tous les autre, pour laisser place à l'automne et ses
belles couleurs, puis à l'hiver.
Étant enfant, j'étais passionnée de Piano, que se
soit Classique, Pop, ou Rock, cela n'avait pas d'importance, j'aimais
le son de cet instrument, pas pour en jouer, non, je n'en avais
jamais eut l'occasion, même si j'aurais tant aimer, mais la musique
n'était pas dans les aspirations de ma famille, tout comme aucune
autre activité artistique d'ailleurs, pourtant pour moi, cela était
tout. Revenons au Piano, oui c'était mon instrument de prédilection,
tout au moins, ça l'était avant d'allumer ma petite radio en cet
après midi d'hiver mille neuf cent soixante seize. Je m'enfermais
dans ma chambre et je me branchais sur ma station favorite afin
d'écouter le top 50 du jour, et ….. Ce fut le coup de foudre de ma
vie.
Un
groupe interprétait leur tube du moment, avec une intro et un solo à
la guitare joué par un guitariste génial et qui allait rester dans
l'histoire du Rock ; ce groupe mythique c'était « Les
Eagles »,
ce formidable musicien était monsieur « Don
Felder »
et la chanson était bien entendu « Hotel
California ».
A partir de cet instant magique, ce groupe et cette chanson en
particulier allaient faire parti de chaque moment de ma vie.
Deux
ans et demi plus tard, on venait m'appeler alors que j'étais chez
des amies, Lucy, la belle sœur de ma mémé, n'avait jamais été un
joyaux de délicatesse et allait encore une fois faire honneur à sa
réputation. « Viens tout de suite ! » me dit-elle sans
prendre de gants, « Ta grand-mère vient de mourir! »
Par « Grand-mère » elle voulait dire, mon arrière
grand-mère, ma mémé Gaby adorée.
C'était
la première fois que j'avais à faire de si près avec la mort,
j'adorais ma mémé et la voir là, sur ce lit, dans cette misérable
maison froide, je fondais en larme dans les bras de ma grand-mère,
qui avait été avertie entre temps. Nous venions de déménager
depuis deux mois à peine, pour raison d'incompatibilité de
caractère entre ma mémé et mon parrain, qui se trouvait être le
second mari de sa fille, ma grand-mère ; les deux époux étant
venus à leur retraite, s'installer dans leur maison de campagne, là
où nous habitions. Au bout d'une année environ et d'une multitude
de disputes, les deux parties décidaient donc de s'éloigner à une
distance raisonnable. Je détestais cet homme de tout mon être, par
deux fois il m'avait fait des attouchements sexuels, la première
fois à l'age de quatorze ans et une autre fois lorsque j'avais seize
ans, il avait essayé de pénétrer de force dans ma chambre, il a
fallut attendre une bonne vingtaine d'année avant que je n'en parle
à ma mère. Je ne pense pas que ma grand-mère fut au courant de
tout cela, mais je savais pertinemment qu'elle ne me croirait pas et
je ne voulais pas jeter d'huile sur le feu, les rapports avec ma mémé
étant déjà assez brûlants.
Après
les funérailles, je retournais donc chez eux bien évidement, ma
mère étant partie travailler en l'Italie et mon père... euh ben je
n'en sais trop rien, je l'avais juste entrevu une seule fois depuis
qu'il nous avait plaquées et c'était remarié, il travaillait pour
le cirque Pinder, c'est tout ce que je savais, en plus de son travail
à la comédie Française, oui parce que Monsieur Jacques Deloire est
comédien, ou était comédien ? Je n'en sais pas plus. Ce
monsieur est en fait, mon père Naturel, pas celui qui m'a reconnue,
celui-là, le second m'a donné son nom lorsque j'avais à peine deux
ans, après avoir épousé ma mère, puis s'en ait allé, comme le
premier. Je devrais avoir perdu la fois en l'homme, vous me direz ?
Par homme, je veux dire, le genre masculin ! Et bien non,
lorsque vous voyez une pomme pourrit dans un panier, que
faites-vous ? Vous jetez le panier ? Non, vous jetez la
pomme bien-sûr, et bien moi aussi voyez-vous !
Le
retour à notre ancienne maison, sans elle, fût des plus douloureux.
Je devais rester sur mes gardes. Je me réfugiais de plus en plus
souvent dans la musique, un petit tourne-disque et l'album de Hotel
California, acheté avec l'argent de poche que ma grand-tante
Raymonde me donnait de tant en tant, contribuait à mon bonheur.
Bientôt
allait survenir un autre bouleversement dans ma vie, qui allait
radicalement la changer, et pourtant, rien ne le laissait présager.
J'avais
atteint l'age de dix sept ans et ma grand-mère, mais surtout l'homme
qu'elle avait épousé, et qui était mon parrain devant Dieu, décida
qu'il était tant pour moi de rejoindre le monde des travailleurs ;
cette décision fût pour moi une vraie libération, j'allais enfin
pouvoir m'échapper de cet endroit malsain.
Un
coup de fils d'un restaurant de la région me tira de mon sommeil un
beau matin. Ils avaient besoin d'une stagiaire en Hôtellerie, ça
tombait à pic, c'était la spécialité de la famille ; mon
parrain était ancien Maître d'hôtel, ma grand-mère ancienne
barmaid et ma mère, Barmaid tout court.
Après
une visite de formalité, j'intégrais donc leur équipe ; un
Patron sympa, une patronne un peu moins, mais bon, c'était ma
première place et j'en étais heureuse et surtout, ma première
paye, ça c'était le plus beau pour moi et tout nouveau surtout, une
paye de 1750 francs, presque le double de que ma mémé et moi avion
pour deux, sans compter que j'étais également nourrit et logée.
Malheureusement, toutes les belles choses ont une fin, mon patron
tomba gravement malade, une hépatite, suivit d'une jaunisse le
foudroya en quelques jours, deux semaines à peine après mon arrivée
et l'hôtel restaurant du cheval blanc du fermer ses portes.
Retour
à la case départ ? Non pas tout à fait, j'intégrais
l'auberge de La Croix verte, tout près de chez ma grande tante, sans
paye, là par contre, je n'avais que les pourboires, plus gîte et
couvert, toujours mieux que de retourné en arrière. J'y passais
trois mois, puis vint ce fameux bouleversement, grand dieu et quel
bouleversement !!!
Marcel,
le patron de La croix verte vint m'appeler en cuisine « Hey »
me hélât-il, « Tu ne m'avais pas dit que ta mère était
noire ! », je lui répondais que ma mère était tout ce
qu'il y a de plus blanche, et il me dit alors à ma stupéfaction,
qu'il y avait au comptoir, une femme noire qui se disait être ma
mère. Je me dirigeais vers le bar et elle se retourna, c'était bien
ma mère en effet et aussi noire qu'une africaine, bronzée à un
point qu'elle était à peine reconnaissable. Elle m'embrassa et me
dit juste : « Vas prendre tes affaires, je repart demain
pour l'Italie et tu viens avec moi » Je peux vous assurer que
je n'ai pas attendu qu'elle change d'avis.