mardi 1 juillet 2014

Chapitre I / Hotel California, la bande son de ma vie

Aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours aimé la musique ; comme beaucoup de gens vous allez me dire ! Oui, mais pour moi c'était un peu un refuge, là où je trouvais peut-être un moyen de m'évader, mais pas de m'enfermer, ça non, plutôt de m'isoler de la noirceur du monde, de mon monde ou du moins de celui que certaines personnes auraient voulu pour moi, alors je m'en créais un à moi, à ma façon. Nous étions en l'an mille neuf cent soixante seize et j'avais quatorze ans. Pour mon anniversaire j'avais reçu de mon arrière grand-mère Gaby, une petite radio avec un écouteur. Ma mémé et moi vivions avec sa petite pension de neuf cents francs par mois, (à peut-près cent trente euros) c'était vraiment très peu, mais nous faisons avec et ce cadeau était de l'or en barre pour moi, je pouvais enfin écouter la musique à n'importe qu'elle heure et sans déranger qui que ce soit, avec le petit écouteur. Je n'étais plus scolarisée depuis peu malgré mes quatorze ans et étant à la campagne, je passais mes journées à vagabonder au bord des rivières de la commune, avec mon chien Pacha un berger belge groenendael, une canne à pêche dans une main et mon harmonica dans l'autre. L'été passa comme tous les autre, pour laisser place à l'automne et ses belles couleurs, puis à l'hiver.
Étant enfant, j'étais passionnée de Piano, que se soit Classique, Pop, ou Rock, cela n'avait pas d'importance, j'aimais le son de cet instrument, pas pour en jouer, non, je n'en avais jamais eut l'occasion, même si j'aurais tant aimer, mais la musique n'était pas dans les aspirations de ma famille, tout comme aucune autre activité artistique d'ailleurs, pourtant pour moi, cela était tout. Revenons au Piano, oui c'était mon instrument de prédilection, tout au moins, ça l'était avant d'allumer ma petite radio en cet après midi d'hiver mille neuf cent soixante seize. Je m'enfermais dans ma chambre et je me branchais sur ma station favorite afin d'écouter le top 50 du jour, et ….. Ce fut le coup de foudre de ma vie.
Un groupe interprétait leur tube du moment, avec une intro et un solo à la guitare joué par un guitariste génial et qui allait rester dans l'histoire du Rock ; ce groupe mythique c'était « Les Eagles », ce formidable musicien était monsieur « Don Felder » et la chanson était bien entendu « Hotel California ». A partir de cet instant magique, ce groupe et cette chanson en particulier allaient faire parti de chaque moment de ma vie.

Deux ans et demi plus tard, on venait m'appeler alors que j'étais chez des amies, Lucy, la belle sœur de ma mémé, n'avait jamais été un joyaux de délicatesse et allait encore une fois faire honneur à sa réputation. « Viens tout de suite ! » me dit-elle sans prendre de gants, « Ta grand-mère vient de mourir! » Par « Grand-mère » elle voulait dire, mon arrière grand-mère, ma mémé Gaby adorée.
C'était la première fois que j'avais à faire de si près avec la mort, j'adorais ma mémé et la voir là, sur ce lit, dans cette misérable maison froide, je fondais en larme dans les bras de ma grand-mère, qui avait été avertie entre temps. Nous venions de déménager depuis deux mois à peine, pour raison d'incompatibilité de caractère entre ma mémé et mon parrain, qui se trouvait être le second mari de sa fille, ma grand-mère ; les deux époux étant venus à leur retraite, s'installer dans leur maison de campagne, là où nous habitions. Au bout d'une année environ et d'une multitude de disputes, les deux parties décidaient donc de s'éloigner à une distance raisonnable. Je détestais cet homme de tout mon être, par deux fois il m'avait fait des attouchements sexuels, la première fois à l'age de quatorze ans et une autre fois lorsque j'avais seize ans, il avait essayé de pénétrer de force dans ma chambre, il a fallut attendre une bonne vingtaine d'année avant que je n'en parle à ma mère. Je ne pense pas que ma grand-mère fut au courant de tout cela, mais je savais pertinemment qu'elle ne me croirait pas et je ne voulais pas jeter d'huile sur le feu, les rapports avec ma mémé étant déjà assez brûlants.

Après les funérailles, je retournais donc chez eux bien évidement, ma mère étant partie travailler en l'Italie et mon père... euh ben je n'en sais trop rien, je l'avais juste entrevu une seule fois depuis qu'il nous avait plaquées et c'était remarié, il travaillait pour le cirque Pinder, c'est tout ce que je savais, en plus de son travail à la comédie Française, oui parce que Monsieur Jacques Deloire est comédien, ou était comédien ? Je n'en sais pas plus. Ce monsieur est en fait, mon père Naturel, pas celui qui m'a reconnue, celui-là, le second m'a donné son nom lorsque j'avais à peine deux ans, après avoir épousé ma mère, puis s'en ait allé, comme le premier. Je devrais avoir perdu la fois en l'homme, vous me direz ? Par homme, je veux dire, le genre masculin ! Et bien non, lorsque vous voyez une pomme pourrit dans un panier, que faites-vous ? Vous jetez le panier ? Non, vous jetez la pomme bien-sûr, et bien moi aussi voyez-vous !

Le retour à notre ancienne maison, sans elle, fût des plus douloureux. Je devais rester sur mes gardes. Je me réfugiais de plus en plus souvent dans la musique, un petit tourne-disque et l'album de Hotel California, acheté avec l'argent de poche que ma grand-tante Raymonde me donnait de tant en tant, contribuait à mon bonheur.
Bientôt allait survenir un autre bouleversement dans ma vie, qui allait radicalement la changer, et pourtant, rien ne le laissait présager.

J'avais atteint l'age de dix sept ans et ma grand-mère, mais surtout l'homme qu'elle avait épousé, et qui était mon parrain devant Dieu, décida qu'il était tant pour moi de rejoindre le monde des travailleurs ; cette décision fût pour moi une vraie libération, j'allais enfin pouvoir m'échapper de cet endroit malsain.

Un coup de fils d'un restaurant de la région me tira de mon sommeil un beau matin. Ils avaient besoin d'une stagiaire en Hôtellerie, ça tombait à pic, c'était la spécialité de la famille ; mon parrain était ancien Maître d'hôtel, ma grand-mère ancienne barmaid et ma mère, Barmaid tout court.
Après une visite de formalité, j'intégrais donc leur équipe ; un Patron sympa, une patronne un peu moins, mais bon, c'était ma première place et j'en étais heureuse et surtout, ma première paye, ça c'était le plus beau pour moi et tout nouveau surtout, une paye de 1750 francs, presque le double de que ma mémé et moi avion pour deux, sans compter que j'étais également nourrit et logée. Malheureusement, toutes les belles choses ont une fin, mon patron tomba gravement malade, une hépatite, suivit d'une jaunisse le foudroya en quelques jours, deux semaines à peine après mon arrivée et l'hôtel restaurant du cheval blanc du fermer ses portes.
Retour à la case départ ? Non pas tout à fait, j'intégrais l'auberge de La Croix verte, tout près de chez ma grande tante, sans paye, là par contre, je n'avais que les pourboires, plus gîte et couvert, toujours mieux que de retourné en arrière. J'y passais trois mois, puis vint ce fameux bouleversement, grand dieu et quel bouleversement !!!
Marcel, le patron de La croix verte vint m'appeler en cuisine « Hey » me hélât-il, « Tu ne m'avais pas dit que ta mère était noire ! », je lui répondais que ma mère était tout ce qu'il y a de plus blanche, et il me dit alors à ma stupéfaction, qu'il y avait au comptoir, une femme noire qui se disait être ma mère. Je me dirigeais vers le bar et elle se retourna, c'était bien ma mère en effet et aussi noire qu'une africaine, bronzée à un point qu'elle était à peine reconnaissable. Elle m'embrassa et me dit juste : « Vas prendre tes affaires, je repart demain pour l'Italie et tu viens avec moi » Je peux vous assurer que je n'ai pas attendu qu'elle change d'avis.










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